Sur les strophes qui précèdent, voir Grégoire le Grand, Dialogi, 2,2,1-2 (Grégoire le Grand, Dialogues, vol. 2, éd. A. de Vogüé, trad. de P. Antin, Paris, Les éditions du cerf, 1979, p. 136 et 138): Quadam vero die, dum solus esset, temptator adfuit. Nam nigra parvaque avis, quae vulgo merola vocatur, circa eius faciem volitare coepit, eiusque vultui importune insistere, ita ut capi manu posset, si hanc vir sanctus tenere voluisset. Sed signo crucis edito, recessit avis. Tanta autem carnis temptatio, avi eadem recedente, secuta est, quantam vir sanctus numquam fuerat expertus. Quandam namque aliquando feminam viderat, quam malignus spiritus ante eius mentis oculos reduxit, tantoque igne servi Dei animum in specie illius accendit, ut se in eius pectore amoris flamma vix caperet, et iam paene deserere heremum voluptate victus deliberaret. Cum subito superna gratia respectus, ad semetipsum reversus est, atque urticarum et veprium iuxta densa succrescere frutecta conspiciens, exutus indumento, nudum se in illis spinarum aculeis et urticarum incendiis proiecit, ibique diu volutatus, toto ex eis corpore vulneratus exiit, et per cutis vulnera eduxit a corpore vulnus mentis, quia voluptatem traxit in dolorem, cumque bene poenaliter arderet foris, extinxit quod inclite ardebat intus. Vicit itaque peccatum, quia mutavit incendium. – «Un jour qu’il était seul, le tentateur se présenta. Un petit oiseau noir, dont le nom vulgaire est merle, se mit à voltiger autour de sa figure, approchant de son visage de façon agaçante, si bien que le saint homme aurait pu le prendre dans la main s’il avait voulu. Il fit un signe de croix, et l’oiseau s’en alla. Mais alors, l’oiseau parti, survint une tentation charnelle tel que ce saint homme n’avait jamais ressenti rien de pareil. Quelque temps auparavant, il avait vu une femme, que l’esprit mauvais lui remit sous les yeux de l’âme. Celui-ci alluma un tel feu dans l’esprit du serviteur de Dieu au souvenir de cette beauté qu’il n’en pouvait plus, de contenir cette flamme d’amour dans son cœur. Il était presque décidé à quitter le désert, vaincu par la volupté. Soudain, touché par la grâce d’en haut, il revint à lui, et apercevant tout près des buissons touffus d’orties et de ronces, il se dépouilla de son vêtement et se jeta nu dans ces épines piquantes et ces orties brûlantes. Il s’y roula longtemps et en sortit tout blessé. Ces blessures de l’épiderme servirent d’exutoire à la blessure de son âme, la volupté devenant douleur. En brûlant au-dehors par un châtiment bienfaisant, il éteignit ce feu intérieur qui ne convenait pas. Il vainquit le péché en changeant d’incendie.»