Johann Wilhelm Stucki
Né à Töss, de nos jours commune de Winterthour, le 21 mai 1542, Johann Wilhelm Stucki est le fils de Hans Rudolf, amman de Töss et de Kappel, bailli de Laufen, et de Martha von Fulach, fille de Johann Wilhelm, originaire de Schaffhouse et seigneur de Laufen. Il hérite du prénom de son grand-père maternel. Dans son enfance, il est envoyé à Bâle, auprès de sa tante Ursula von Fulach, nonne au couvent de Klingental, pour recevoir les premiers rudiments d’instruction, jusque vers 8 ans. Puis, il se rend au couvent de Kappel am Albis, où le père de Simler dirige l’école pour garçons, et retourne ensuite rapidement à Zurich, où il est placé sous la férule de Ludwig Lavater, son parrain de baptême. En 1557, à 15 ans, ses parents l’envoient poursuivre ses études à l’Académie de Lausanne, où il apprend, outre le latin et le grec, la langue française, durant deux années. Puis il se rend à Strasbourg, à Paris au Collège de France et à Tübingen, où il complète sa connaissance des trois langues anciennes latine, grecque et hébraïque, en suivant les leçons des plus illustres humanistes de son époque. Après ses études, sur mandat du Conseil de la ville de Zurich, il entre au service de Pierre Martyr Vermigli, lui sert de secrétaire et d’interprète au colloque de Poissy en 1561. Enfin, il se rend à Pavie où il se perfectionne encore dans les langues et disciplines qu’il avait déjà acquises. Il apprend de surcroît l’italien, ainsi que l’araméen et le syriaque, sous la houlette du rabbin juif Menachem. Il passe encore plus d’une année à Venise. Ce séjour en Italie lui permet sans doute de se familiariser avec l'art et les belles-lettres, bien plus qu'il ne l'avait pu auparavant. Durant ces longues années d’études, il s’est consacré intensément, parallèlement aux langues classiques et modernes, à l’histoire et, ce qui était extrêmement rare pour l’époque, à l’archéologie.
De retour dans sa patrie, en 1568, il remplace, dès septembre, Johann Jakob Ammann, recteur du Carolinum de Zurich, comme professeur de logique et de rhétorique. Il devient quelques mois plus tard vice-recteur de cette institution. Après le décès de Theodor Bibliander, il est nommé professeur d’Ancien Testament au Carolinum et est de ce fait collègue de Josias Simler (février 1571). Son biographe relève que son enseignement porte notamment sur les douze petits prophètes, qu’il commente intégralement, et les Proverbes. Il expose sa méthode, qui allie l’explication du texte original hébreu et araméen avec une traduction en allemand pour en éclairer le sens, à la compilation de plusieurs passages utiles pour l’enseignement. Leur contenu est ensuite transposé à la vie et aux mœurs mêmes de ses auditeurs, qui plus est dans une langue claire et élégante. Ses compétences philologiques et théologiques lui valent de devenir chanoine du Grossmünster, en 1571. Il est élu scholarque à deux reprises, en 1576 et 1584. Il reste en fonction au Carolinum jusqu’à la fin de sa vie. Caspar Waser, l’auteur de sa biographie publiée en 1608, le présente comme une «colonne de l’Église, un ornement de la patrie et des belles-lettres, une gemme très étincelante de la vertu». Selon l’habitude des biographes, il le pare de toutes les vertus: il est modeste, frugal, affable, doux, profondément humain, généreux envers les pauvres, les orphelins, les veuves et les exilés, sans aucune arrogance ni ostentation. Il affirme qu’il est unanimement apprécié et compte de nombreux amis. Il lui attribue les mêmes belles qualités que Stucki lui-même associe à Josias Simler dans la Vita qu’il a composée.
De fait, Johann Wilhelm Stucki écrit plusieurs biographies de «célèbres» Zurichois, réformateurs et/ou professeurs qu’il a côtoyés: Johannes Wolff, Heinrich Bullinger, son parrain Ludwig Lavater et Josias Simler, que nous présentons ici. Parmi ses autres œuvres figurent, les scholies sur le Périple de la Mer Noire d’Arrien et le Périple de la Mer Rouge d’un auteur anonyme, attribué à cette époque à Arrien. Ces deux travaux démontrent que Stucki partage avec Josias Simler le même intérêt pour la philologie, la géographie et la toponymie. Il compose encore des Félicitations de l’Helvétie à la Gaule pour son roi Henri IV de France et de Navarre, un traité De angelis angelicoque hominum praesidio atque custodia meditatio et un ouvrage consacré aux cérémonies et aux sacrifices des païens, la Sacrorum sacrificorumque gentilium brevis et accurata descriptio.
Son ouvrage encyclopédique d’histoire culturelle de l’Antiquité, intitulé Antiquitatum convivialium libri III (que l’on peut traduire librement par «Trois livres sur l’histoire des banquets dans l’Antiquité»), est sans conteste l’œuvre qui rencontre le plus de succès. Elle compte plus de 800 pages et connaît quatre éditions, la dernière paraissant en 1695. Une épître dédicatoire aux notables de la ville de Schaffhouse et une préface au lecteur précèdent le traité. Stucki «fait œuvre d’ethnographe, en comparant les rites et les coutumes liés au banquet dans les civilisations antiques, principalement chez les Hébreux, les Grecs et les Romains». Il s’arrête sur les usages contemporains, en Suisse, et dans d’autres régions de l’Europe, et même en Afrique, en Asie et en Amérique. Il met à contribution des sources extrêmement nombreuses et variées (bibliques, antiques, médiévales, contemporaines). Parmi les auteurs cités présents sur ce Portail, figurent Érasme, Conrad Gessner, Benedikt Aretius, Theodor Zwinger et Henri Estienne. Le texte latin est parsemé de nombreux passages en grec, en hébreu et en allemand.
En plus de cette œuvre monumentale et foisonnante, Stucki se trouve également impliqué, tout comme Josias Simler, dans des controverses théologiques, en particulier sur l’Eucharistie, entre catholiques et protestants, mais aussi entre les différents courants du protestantisme, dans la seconde moitié du XVIe siècle. En 1588, il participe, au sein de l’Eglise bernoise, à la controverse sur la prédestination suscitée par Samuel Huber, pasteur de tendance luthérienne. Le synode de Berne le condamne pour avoir attaqué la doctrine de la prédestination absolue et affirmé que tous les hommes étaient élus par Dieu, par le Christ, pour le salut. L’année précédente en 1587, le professeur Claude Aubery, humaniste et helléniste français réformé, médecin intéressé à la théologie, accueilli comme professeur de philosophie à l’Académie de Lausanne, avait fait imprimer à Lausanne, chez Jean Chiquelle, plusieurs discours qu’il rassemble sous le titre De fide catholica apostolica romana, contra apostatas omnes, qui ab illa ipsa fide defecerunt, orationes apodicticae. Dans cet ouvrage, sorte de commentaire de l’Épître aux Romains, il expose des théories hétérodoxes sur la justification qui provoquent des remous dans toute la Suisse. Son livre est notamment censuré par Théodore de Bèze et, en 1588, lors du même synode de Berne, Stucki est invité comme représentant de l’Eglise de Zurich pour donner son jugement à la fois sur Huber et Aubery.
Stucki se marie quatre fois: une première fois, en 1568, avec Elisabetha Röist, fille de Jakob, membre du Conseil de Zurich et petite-fille de Diethelm, bourgmestre de Zurich de 1525 à 1544), dont il a un fils mort jeune et trois filles, dont la seconde, Cleopha, épouse, en 1600, Rodolf Simler, médecin et professeur, fils de Josias; une seconde fois, en 1577, avec Maria Stockar, fille de Hans, de Schaffhouse, dont il a quatre fils; une troisième fois, en 1593, avec Katharina Burgauer, fille de Benedikt, médecin de la ville de Schaffhouse; et finalement une dernière fois, en 1595, avec Maria Magdalena von Oftringen, qui lui survit.
Stucki est lié par des liens étroits professionnels, familiaux et amicaux avec de nombreux réformateurs et humanistes zurichois: Josias Simler dont il compose ici la biographie, mais aussi avec son parrain Ludwig Lavater, auquel il adresse le poème de dédicace qui précède cette œuvre. Lavater épouse Margareta Bullinger, une fille d’Heinrich Bullinger, à la tête de l’Église réformée de Zurich depuis la mort de Zwingli. Ce mariage le rapproche de cette figure importante de la Réforme zurichoise, de même que de Josias Simler, sujet de la présente Vita de Stucki, puisque Simler avait épousé, en 1551, Elisabetha, une autre fille du même Bullinger.
A l’âge de 65 ans, au retour des bains de Baden, Stucki meurt le 3 septembre 1607 à Zurich, entouré des siens. Ses funérailles sont célébrées le 5 septembre et il est enterré dans le cloître de la cathédrale de Zurich, auprès des illustres réformateurs, professeurs et humanistes, ses amis, Heinrich Bullinger, Pierre Martyr Vermgili, Conrad Gesner, Kaspar Wolff et Josias Simler. Sa biographie élogieuse composée par Caspar Waser est publiée très peu de temps après, le 22 octobre 1607.
Bibliographie
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