Pietro Perna Préface à l’Auriferae artis

Print Introduction: Clemens Schlip (traduction française: Kevin Bovier). Version: 13.06.2026

Date de composition: probablement peu avant la composition du recueil dont ce texte est la préface (1572).

Édition: Auriferae artis, quam chemiam vocant, antiquissimi authores, sive turba philosophorum, Pietro Perna, 1572, fol. 2ro-5ro.

 

L’imprimeur Pietro Perna

Pietro Perna naquit avant 1522 à Villa Basilica, près de Lucques. À partir de 1533, il fut moine au couvent dominicain de San Romano à Lucques. C’est sans doute à cette époque qu’il devint un sympathisant de la Réforme, car dès 1542, il étudia à l’université de Bâle, où il fut dispensé de frais d’inscription en raison de sa pauvreté. Pendant une quinzaine d’années, il exerça le métier de marchand de livres et de manuscrits entre Bâle et l’Italie. En 1557, il fut admis dans la corporation du Safran de Bâle; l’année suivante, il se lança dans l’entrepreneuriat en tant qu’imprimeur-éditeur. Il collabora également avec d’autres imprimeurs: de 1561 à 1567 avec Heinrich Petri (1508-1579) et en 1566 avec Johannes Oporin (1507-1568). Outre de nombreux écrits d’autres émigrés italiens (réformés), il publia notamment les œuvres de Paracelse. Perna se maria deux fois (avec Johanna Verzasca, puis, après le décès de celle-ci, avec Aurelia von Muralt). Après sa mort, le 16 août 1582, son gendre Conrad Waldkirch reprit l’imprimerie.

 

La préface de Pietro Perna au recueil alchimique Auriferae artis

Nous présentons ici la préface de Perna à un recueil de textes alchimiques intitulé Auriferae artis («L’art qui produit de l’or»), qu’il avait compilé avec l’aide d’amis érudits, comme nous l’apprend cette préface.

Perna n’était pas le premier éditeur à publier un recueil de textes alchimiques; on peut citer comme précurseur, par exemple, De alchemia. Opuscula complura veterum philosophorum (Nuremberg, Johannes Petreius, 1541; édition augmentée, Francfort-sur-le-Main, Cyriacus Jacobus, 1550). En conséquence, certains des textes repris dans l’Artis auriferae avaient déjà été publiés ailleurs. La pièce maîtresse de l’anthologie de Perna est l’editio princeps de la Turba philosophorum. Ce texte, rédigé au XIIIe siècle d’après un original arabe (Muṣḥaf al-ǧamāʾa – «Livre de l’assemblée»), se présente comme le compte rendu d’une réunion de philosophes grecs de l’Antiquité présidée par Pythagore. Sa transmission manuscrite s’accompagnait de divergences et de variantes textuelles plus ou moins importantes. Perna tente de rendre compte de cette situation en publiant, comme il l’explique dans la préface, deux versions différentes de l’œuvre, l’une à la suite de l’autre, laissant à ses lecteurs le soin de choisir celle qu’ils préfèrent. Il parle aussi brièvement des autres textes publiés dans le recueil: à ce sujet, nous renvoyons le lecteur à nos notes sur la traduction allemande ou française de la préface. Perna a beaucoup d’estime pour la science alchimique et la défend contre ses détracteurs. Il accorde une importance particulière à l’argument d’autorité, selon lequel des hommes érudits et célèbres s’y sont intéressés; et, de plus, «un chercheur et pour ainsi dire un collaborateur habile et compétent, dont la sagacité est innée, peut, grâce à son talent et à son assiduité, exécuter et accomplir même ce qui semble impossible aux novices et aux ignorants, et qui dépasse la compréhension du public». Il reconnaît toutefois qu’il existe bel et bien dans ce domaine des escrocs qui ne cherchent qu’à soutirer de l’argent à leurs mécènes.

Un homme du XVe siècle aurait été surpris de voir un recueil de textes alchimiques publié à Bâle ou dans une région appartenant à la Suisse actuelle. L’intérêt pour l’alchimie n’apparaît en Suisse que relativement tard, à partir du XVIe siècle: c’est Bartholomäus Schobinger (1500-1585), originaire de Saint-Gall, qui constitua le premier recueil systématique de manuscrits. Le patricien et médecin de Nuremberg Philipp Ulstad rédigea en 1525 à Fribourg-en-Brisgau le Coelum philosophorum, imprimé en 1526 à Strasbourg. En 1545, l’imprimeur bernois Samuel Apiarius imprima pour la première fois des ouvrages alchimiques (l’Alchemia du Pseudo-Geber et d’autres écrits) sur le territoire correspondant à celui de la Suisse actuelle. Ainsi débuta la tradition éditoriale qui permit, pour la première fois en Suisse, l’impression de nombreux écrits alchimiques qui n’existaient auparavant que sous forme manuscrite. D’amples recueils de textes alchimiques furent publiés jusqu’au XVIIIe siècle. Le recueil Auriferae artis de Perna se situe encore relativement au début de cette tradition éditoriale.

Conrad Waldkirch, gendre et successeur de Perna, publia à nouveau l’Auriferae artis en 1593; en 1610 suivit, toujours dans la même imprimerie, une édition complétée par un troisième volume. Isaac Newton (1643-1727) figurait notamment parmi les propriétaires de cette dernière édition. Ce savant anglais, réputé pour être le pionnier de la physique moderne et qui s’est penché de manière intensive sur des questions alchimiques pendant une grande partie de sa vie, a annoté son exemplaire de nombreuses remarques et en a corné les pages. C. G. Jung (1875-1961) s’est également intéressé aux textes de ce recueil, ce qui lui confère encore plus d’importance sur le plan de l’histoire culturelle.

Pour conclure, rappelons qu’un autre auteur de ce portail était lui aussi passionné par l’alchimie: Raphael Egli (1559-1622). Nous présentons sur ce portail deux aspects de sa pensée: sa recherche de signes annonçant la fin du monde imminente et son affinité présumée avec le rosicrucianisme. Il va sans dire que le penchant d’Egli pour l’alchimie s’accorde très bien avec de tels centres d’intérêt.

 

Bibliographie

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